EXPO PARIS

Les fascinantes petites planètes de Charles-Henry de Pimodan

Récompensé par le deuxième prix du prestigieux prix Pierre David-Weill de dessin de l’Académie des beaux-arts, Charles-Henry de Pimodan invente d’incroyables dessins. Ses minuscules personnages, qu’il appelle « ses petits caractères » forment à la fois la structure et le récit de ses oeuvres dont l’abstraction et la relativité rappellent l’alchimie de Roland Topor ou de Maurits Cornelis Escher. On y voyage jusqu’au vertige.

des personnages formant le cadre même du labyrinthe

Dans la famille de Charles-Henry de Pimodan, il y a beaucoup de militaires. Issus de la très ancienne aristocratie bretonne, les Rarécourt de la Vallée de Pimodan arborent quatre hermines à leur blason. Leur devise « Potius mori quam foedari » (Plutôt mourir que faillir) a été reprise par le régiment de Bretagne. « Mon prénom n’est pas tout à fait de ma génération, sourit-il, car il rend hommage à mon grand-oncle Henri de Pimodan de La Grandière, capitaine de corvette et résistant qui mourut en déportation en 1945. Un Aviso de la Marine Nationale a porté son nom. » Né à Paris en 1985, Charles-Henry de Pimodan passait toutes ses vacances près de Briec-sur-Odet (Finistère) dans la propriété familiale, le château de Trohanet. « Quand on a ce genre de maison, on ne peut pas faire autre chose que d’y passer son temps. On a toujours été en vacances là-bas, depuis tout petit « , raconte-t-il. Son cerveau garde-t-il de de mémoires transgérationnelles le souvenir de récits de guerres, de champs de bataile, de l’organisation militaire des troupes avant de monter au combat ? Peut-être, et peut-être aussi cet environnement lui a-il inspiré, comme un antidote d’imaginer ces mondes où tout semble millimitré et où tout se révèle, au final, plein de fantaisie, quand on choisit de s’abîmer dans leur infini détail.

Quand on regarde de loin les dessins présentés au Pavillon Comtesse de Caen, on perçoit d’abord des formes, géométriques, parfaitement délimitées, comme des carreaux de faïences ou des cases d’imprimeur. Et puis, en approchant, peu à peu, on plonge dans le dessin. Ces petits traits qui s’alignent, forment des triangles, les angles d’un carré, les parois d’un labyrinthe et même les gouttes d’une pluie féconde sont tous, sans exception, des personnages humains minuscules… L’effet est à la fois amusant, intrigant, vertigineux et émouvant. Comment l’idée de ces paysages-planètes humaines s’est-il formé dans son esprit ? Après un bac scientifique et des études de Droit, Charles-Henry de Pimodan a intégré les Beaux-Arts de Paris dans l’atelier de James Rielly, l’artiste gallois qui explore l’absurde avec, notamment, sa série sur les habits de fantômes. Il s’est formé ainsi à la gravure, mais aussi au dessin miniature et à la peinture. Après l’obtention de son diplôme en 2013, il a été sélectionné par les collectionneurs Florence et Daniel Guerlain qui ont exposé ses premières oeuvres avec l’Association Premier regard. Il a aussi exposé en 2018 au Collège des Bernardins au sein de l’exposition « Devenir ».

La Pluie

En 2019, Charles-Henry de Pimodan s’est installé avec son épouse, professeur de Français, et leurs trois enfants, à Pontivy, « une très jolie ville avec une riche histoire, dit-il. Nous y sommes un peu enclavés, car malheureusement il n’y a qu’un train par jour, et encore, mais cela permet d’être relativement tranquilles. » Grâce à cet isolement, il peut se consacrer encore plus à son art. Car il lui faut du temps pour habiter ses pages avec une grande minutie – entre 30 à 200 heures pour réaliser une œuvre. Sa plus grande création, une frise, lui a demandé trois mois de travail. Il travaille aussi sur commande avec ses Scénettes, un peu comme des casiers ou des petites boites dont les commanditaires peuvent lui demander de figurer les moments qui ont marqué leur vie.

le détail d’une Scénette…

«  Ces petits personnages sont comme les paysages traditionnels chinois, il y a souvent un individu perdu au fond du paysage et cela permettait plus de m’intéresser à la nature humaine, plutôt qu’à la nature. Au début, j’ai commencé par m’en faire un alphabet, une petite base et ensuite, le but a été de voir, comment ils inter-agissaienet entre eux, d’en faire des constructions, pour arriver à des grandes masses et de voir comment ces masses, on essayait de les équilibrer. Parfois, pour des questions de composition, je les fais au crayon d’abord et, ensuite, à l’encre de chine, je les repasse tous un par un. C’est un peu l’idée que je me fais du monde, de notre condition à nous, on est si peu de choses, ils sont perdus dans cette immensité et, en même temps, chaque personnage pourrait déséquilibrer tout le dessin, avoir sa propre vie et son propre cheminement. Si on regarde les dessins de près, on voit qu’ils racontent une histoire, plein de petites histoires, mais on est dans l’impossibilité de construire un récit cohérent, où chaque personnage serait important, essentiel. On ne sais pas s’il est nécessaire ou contingent, c’est comme dans notre vie de tous les jours. C’est un dessin très abstrait. c’est une abstraction de mon cerveau.»

Une Scénette comme un cabinet de miniature portatif

Peu à peu la couleur s’invite dans son univers avec de plus grands formats dans des palettes de couleur qui respirent comme celles des Nabis. Il prépare un prochain accrochage avec la galerie parisienne Martine Gossieaux, qui expose aussi Roland Topor et Sempé, où l’on pourra retrouver ces scénettes à l’encre de Chine et peut-être aussi ses nouvelles aquarelles où ses personnages s’échappent enfin du cadre et mène leur de vie dans une quête de la liberté et de joie.

L’Académie des beaux-arts présente du 20 mars au 1er juin, au Pavillon Comtesse de Caen, les œuvres des lauréats de l’édition 2025 du Prix de Dessin Pierre David-Weill : Amélie Royer (1er Prix), Charles-Henry de Pimodan (2e prix) et Gabriel Folli (3e prix), Thomas Julliot-Decker et Jérémy Louvencourt (mentions). Palais de l’Institut de France, 27 quai de Conti, à Paris, 6e.

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