À LA UNE EXPO PARIS SAGESSES

« Ils se trouvaient tous ensemble réunis en un même lieu » (AC2,1)

Surprise au Grand Palais, c’est comme si un maître vitrier avait installé un atelier éphémère au sein de l’édifice immense. Une place centrale avec quelques bancs fait le lien entre les « Grottesco » d’Eva Jospin, et cet espace empli de lumière. Claire Tabouret et l’atelier Simon-Marq y révèlent les maquettes de six futurs vitraux de Notre-Dame, sélectionnés en décembre 2024 après un appel à projet lancé par l’État et le diocèse de Paris. Une façon de faire connaissance avec ces oeuvres grandeur nature avant qu’elles ne ne rejoignent la cathédrale et ses fidèles. Les maquettes sont exposées jusqu’au 10 mars, et les nouveaux vitraux seront installés fin 2026. Joyeux Noël 2025 !

Devant les maquettes

Là, c’est d’une cathédrale qu’il s’agit, mais elle est encore en papier. Elle est tout droit sortie de l’âme inspirée de Claire Tabouret. Dès le début, on est saisi par la lumière, par la couleur, par ces visages qui nous semblent si familiers, ces silhouettes et leurs pieds nus de géants. Les six vitraux aux couleurs vives racontent le verset de la Bible consacré à la Pentecôte. Il s’est toujours passé des choses incroyables à Notre-Dame de Paris. D’abord, dans les premiers temps, la cathédrale ne portait pas le nom de Marie, mais celui d’Étienne, le premier martyr après Jésus-Christ, dont Charles Le Brun réalisa d’ailleurs un May – tableau commandés entre 1630 et 1707 par la corporation des orfèvres pour orner les chapelles- qui représente sa lapidation. Et puis, avant, il y avait la famille du Bellay, avec Jean, ancien évêque de Paris grâce à qui, Joachim(1522-1560), son neveu, ami de Ronsard et auteur des Regrets et de la Défense et Illustration de la langue française, fut enseveli sous le pavement. Et puis, après Quasimodo, Viollet-le-Duc, Victor Hugo, l’Incendie, Jean-Jacques Annaud, il y aura ces vitraux de la Pentecôte qui seront bientôt installés mais dont on peut regarder de près les cartons avant qu’ils rejoignent les pierres sacrées de l’église.

La Pentecôte (le « cinquantième jour » après Pâques) vient avec la fêtes des Moissons et puise ses racines dans la fête juive de Chavouot, la fête des Semaines. Ces deux soeurs sont célébrées pour l’une dans les Actes des Apôtres, pour l’autre les livres de l’Exode des Nombres. Les Chrétiens célèbrent la venue de l’Esprit Saint sur les Apôtres qui réalise les paroles du Christ avant de monter au ciel (l’Ascension) : « Vous allez recevoir une force quand le Saint-Esprit viendra sur vous ; vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre » (Ac 1, 8).

« J’ai été emportée par la beauté, la poésie du thème choisi par l’Archevêque de Paris. Cette idée d’harmonie, d’hommes qui parviennent à s’unir, à se comprendre malgré la diversité, j’ai eu envie d’y participer. Il fallait un juste équilibre des couleurs, de la lumière blanche de Notre-Dame afin d’éviter, par exemple, l’apparition d’une grande tache rouge au sol, un jour de soleil, si un rayon traverse une baie essentiellement rouge », explique Claire Tabouret, l’artiste née en 1981, qui a emporté ce concours en décembre 2024 devant Daniel Buren, Jean-Michel Alberola, Yan Pei-Ming, Gérard Traquandi, et d’autres.

Avec « D’un seul souffle », Claire Tabouret, fait le choix de mettre son travail à nu en présentant les maquettes grandeur nature, les esquisses et travaux préparatoires de ces six vitraux qu’elle réalise avec l’atelier Simon-Marq avant qu’ils n’aillent prendre leur place fin 2026 dans le bas-côté sud de la cathédrale. Une manière de désarmer les nombreuses polémiques qui ont accompagné les résultats du concours. Pourquoi une nouvelle et coûteuse (4 millions d’euros) commande ? Ne valait-il mieux pas conserver les anciens vitraux conçus par Viollet-le-Duc, qui n’ont pas été endommagés lors de l’incendie ( Ils sont conservés et rejoindront peut-être un musée) ? Ce d’autant qu’il reste encore bien du pain sur la planche à Notre-Dame de Paris, qui a accueilli près de 11 millions de visiteurs depuis sa réouverture, pour achever la sacristie, les grandes roses de la cathédrale ou le presbytère. C’est à tout cela que cette exposition monumentale et fragile offre une réponse sincère.

Chaque pièce qui mesure près de sept mètres de hauteur représente les moments marquants de la Pentecôte, illustrés par un verset. Claire Tabouret a choisi des couleurs vives, rarement vues et usités dans l’art du vitrail, des jaunes safran, des roses, des bleus clairs et profonds, des verts pour capter la lumière du Sud. Des bancs disposés devant permettent de se poser pour contempler les détails, moins visibles, dès-lors qu’ils seront pris dans les fastes de la cathédrale. Les « cartons », ou les esquisses présentées au jury, sont présentés ainsi que les travaux préparatoires pendant que les futurs vitraux sont en cours de fabrication dans les ateliers Simon-Marq à Reims.

Simon-Marq, c’est déjà la Référence. Ces ateliers de maîtres et peintres verriers ont été fondés il y a plus de 350 ans à Reims (Marne), du nom de leur créateur, Simon. Ce sont les plus anciens ateliers de vitrail toujours en activité dans la ville des Sacres. On peut prendre le temps de découvrir la manière dont ils travaillent, depuis le relevé de mesures, la prise de gabarit sur les vitraux existants, le positionnement de la serrurerie qui garantit la précision millimétrique des mesures ultérieures en atelier. Viennent ensuite le carton (document d’exécution) qui intègre les impératifs techniques propres à l’art du vitrail (iconographie, composition, couleur, serrurerie, pierre), le calque de coupe, et encore la découpe du verre, chaque pièce étant découpé manuellement. Chaque pièce sera issue d’une feuille de verre artisanal soufflé à la bouche issu majoritairement de la Verrerie de Saint-Just située à Saint-Just Saint-Rambert (Loire, France). Le partenariat entre la peintre et l’art millénaire des maîtres-verriers est essentielle.

A les scruter ainsi, de près, on voit le vent de ces terres de Judée, les arbres qu’il fait plier, la mer vineuse, les visages des apôtres – qui pourraient nous ressembler – saisis, émus, par ce souffle divin, la ferveur de cette femme en aube blanche, qui est-elle ? L’apôtre des apôtres ? Marie-Madeleine, pour une fois figurée, non pas en pécheresse, mais en orante, ainsi que les premiers Chrétiens la représentaient jadis. Et à nouveau ?

Pratique :

Les maquettes sont exposées jusqu’au 10 mars, et les nouveaux vitraux de la cathédrale seront installés fin 2026. L’exposition “D’un Seul Souffle” sera ouverte jusqu’au 15 mars 2026 dans la Galerie 10.2 du Grand Palais.

L’exposition Claire Tabouret, D’un seul souffle bénéficie de la généreuse contribution de Mme Kristin Johnson et sa famille.

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