
Ouvrir aujourd’hui, 14 février, fête des amoureux, c’était le serment de l’équipe qui vient de terminer la rénovation du musée de la Vie Romantique. Et la promesse est tenue, avec quelle élégance ! Dans cette villa du quartier de la Nouvelle Athènes, le peintre Ari Scheffer qui l’a habitée et tous les artistes qui l’ont fréquenté, de George Sand et Chopin, à Liszt et Pauline Viardot, retrouvent leur âme et nous invitent à rêver, à nous élever et à aimer.


Vous viendrez, chère Âme, au Musée de la Vie Romantique ? Je vous attendrai devant la grille discrète du 16, rue Chaptal et nous remonterons ensemble l’allée pavée qui mène au vieux pavillon. Il a bientôt deux cents ans et par le soin de tant de bonnes volontés, il a oublié le vert amande qui a fait sa signature pendant 35 ans pour retrouver ses couleurs originelles, ce brun beige, qui dormait aux encadrures des ateliers et qui, désormais habille les portes et persiennes.

Quand nous aurons gravi ensemble les dix marches en pierre blanche qui surmontent le vieux tas de bois, nous pénétrerons dans le vestibule et dans le salon bleu. Là est retracée la vie d’Ari Scheffer (1795-1858), le peintre oublié des Parisiens. Cet enfant de Dordrecht – aux Pays-Bas où il est plus célébré, en fit à la moitié du 19e siècle, l’un des lieux les plus courus de la Capitale. Il fut l’un des maîtres de la peinture romantique, l’ami de Chopin, Liszt et George Sand, le premier professeur d’Auguste Bartholdi et un fervent support du duc d’Orléans qui allait devenir Louis-Philippe, d’où son pouvoir de son vivant et sa déchéance à l’avènement de la République. Heureusement, après sa mort, sa fille naturelle Cornélia Scheffer-Marjolin entreprit de répertorier et sauver son oeuvre abondante, ainsi que de conserver l’atelier de la rue Chaptal. Elle fut léguée ensuite à Noémie Renan-Psichari, petite-nièce d’Ary Scheffer et fille d’Ernest Renan. Et c’est encore une histoire de femmes qui lui restitue aussi sa place en ces lieux, par le travail conjoint de Carine Rolland, présidente de Paris Musées, d’Anne-Sophie de Gasquet, sa directrice générale et de Gaëlle Rio, la directrice du musée.
Leur invitation est généreuse : « Nous sommes très heureuses de cette réouverture, qui réaffirme la place du Musée comme un lieu vivant et accueillant, à la fois intime et universel, un lieu de proximité et d’apprentissage, d’ouverture et de partage, invitant à la contemplation et à la découverte : vous y êtes les bienvenus, les collections permanentes sont en accès libre et gratuit pour toutes et tous ! Vous avez rendez-vous avec le musée de la Vie romantique ! »


Je vous laisserai découvrir le cocon que l’Atelier Akiko designer a tissé. Tout y est délicatesse, attention portée au visiteur et soin du détail. La scénographie restitue avec fidélité l’atmosphère d’une demeure d’artiste au XIXe siècle, tout s’inscrivant dans la continuité du décor conçu par Jacques Garcia en 1987. La prouesse est réelle et discrète. Il s’agit dans un tout petit espace de 154 mètres carrés – les ateliers font 227,5 m2, mais c’est une autre histoire, nous y reviendrons – de nous permettre – et nous serons nombreux- de déambuler et d’habiter le lieu, de comprendre, un peu, le romantisme et, enfin, de nous donner envie de poursuivre la découverte, tant par la peinture, que la littérature ou la musique.


Associés à un comité scientifique et à l’agence Basalt Architecture, les scénographes ont réinventé un intérieur romantique en s’appuyant sur des soies tendues dont les couleurs – jaune safran, vert d’eau, rouge profond, bleu sombre – s’associent aux thèmes décrits dans chaque salle : le Paris de l’époque romantique, l’ascension d’Ari Scheffer, son salon que fréquentèrent beaucoup de têtes pensantes dont on retrouve les portraits, d’Ernest Renan à François Guizot, Adolphe Thiers, ministres de Louis-Philippe, Pauline Viardot, Alphonse de Lamartine… , George Sand qui vivait à côté rue Pigalle et dont beaucoup de souvenirs et d’archives sont conservées ici.


Des découvertes aussi et la possibilité d’approfondir la notion de Romantisme, dans le sillage peut-être de l’ouvrage référence d’Albert Béghin, l’Âme romantique et le rêve, avec quatre salles thématiques : peintre la nature ; la force du sentiment – pas forcément ce que l’on imagine – ; l’inspiration littéraire et l’imagination fantastique. Mais assez de mots, laissons planer le mystère et franchissons les portes pour mieux nous perdre, et nous retrouver, ainsi que le résume Gérard de Nerval dans les premières lignes d’Aurélia.
« Le rêve est une seconde vie. Je n’ai pu percer sans frémir ces portes d’ivoire ou de corne qui nous séparent du monde invisible. »


Pratique
Musée de la Vie romantique
Hôtel Scheffer-Renan
16 rue Chaptal – 75009 Paris
01 55 31 95 67
museevieromantique.paris.fr
Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h
Fermé le 25 décembre, le 1er janvier et le 1er mai
Le 14 février, si le temps s’y prête, il y aura des surprises au musée, et sa directrice entend bien aussi l’animer régulièrement. Des concerts sont prévus dans l’Atelier-Salon, avec l’aide des étudiants du Conservatoire à rayonnement régional de Paris, le 24 mars à 18h30 pour célébrer le printemps, le 19 mai, le 23 juin (gratuit, mais réservation obligatoire). Et le mardi 5 mai, les étudiants du CRR de Boulogne-Billancourt.
En octobre : Concert « Dans le salon d’Ary Scheffer, rue Chaptal »
par l’Ensemble Double Face.
En ce début de XIXe siècle, à Paris, la famille Pleyel, célèbre dynastie de facteurs de piano, organise des salons musicaux où les musiciens se côtoient, jouent ensemble et s’admirent. L’Ensemble Double Face fait entendre les œuvres de ces musiciens qui ont nourri la vie musicale parisienne des années 1840 : Chopin, Bellini, Berlioz, Pauline Viardot.
Début octobre.
Sans oublier, le jardin et le salon de thé Rose Bakery installé dans la serre du musée, et ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h.